Le grand ménage du printemps
C’est le printemps et même en Corée, c’est l’heure du grand ménage. Une fois n’est pas coutume, penseront bien fort certains en ce qui me concerne et pour les autres, je les rassure le sujet d’aujourd’hui n’est pas sur les produits ménagers ou "comment je me suis transformée en ménagère de moins de 50 ans". Non, je vais parler aujourd’hui de ce dernier mois qui vient de passer, et pour reprendre la métaphore du ménage, qui a été une véritable tornade.
Tout a commencé innocemment, par un matin ensoleillé, quand mon téléphone s’est mis à sonner. Le "manager de notre immeuble" m’informait que notre bail venait à expiration et que nous devions donc quitter les lieux. Je me suis alors imaginée de négocier des prolongations de quelques mois en attendant l’avancement d’autres projets, mais nous avons vite été désillusionnés.
A partir de cet instant, un problème épineux s’est posé à nous: se loger en Corée. Top chrono: nous avions 15 jours devant nous pour régler le problème (et encore faut croire qu’on a été chanceux).
Un seul conseil, sauve qui peut. En effet, on s’imagine bêtement qu’il suffit (1) de déterminer son budget et (2) de chercher un petit coin sympa pas trop loin de nos centres d’activité. Ce serait trop facile…non, non, le logement est un vrai casse tête chinois, le coréen en plus pour faciliter le tout.
Première difficulté: le marché de l’immobilier à Séoul.
Séoul fait partie des villes les plus chères du monde (2ème en 2006 derrière Moscou et 3ème en 2007 derrière Londres). Ici, la spéculation immobilière repose sur une logique illogique et est incompréhensible pour les néophites de mon genre.
Tout d’abord, pour les coréens, le prix ne fait jamais peur…il y a toujours des gens prêts à payer, alors pourquoi ne pas tenter le coup. Par exemple, notre "ancien" propriétaire, face à nos supplications, était prêt à nous prolonger notre contrat contre une augmentation de loyer mensuel de 1,000,000 de won (c’est-à-dire 650 euro). Rien que ça ! OUI, OUI, m’a t-il assuré, il avait déjà un repreneur prêt à payer un prix astronomique pour cet appartement. Ah bon ?!!! Mais, quelqu’un aurait-il visiter notre appartement en notre absence ? Oups…Bref passons.
De même, pour la première fois de ma vie, j’ai visité un appartement et au lieu de m’annoncer un loyer, on m’a demandé combien j’étais prête à mettre…??? Pour prouver le peu de rationnalité de la recherche d’appartement, nous avons depuis trouvé un nouvel appartement, plus grand, plus haut de gamme, mieux placé et avec une vue imprenable sur la ville. Et bien cette fois-ci, notre "nouveau" propriétaire était prêt à baisser son loyer de 1,000,000 KRW. !!! Va comprendre, Charles. Décidement, ils aiment bien parler en million, ces coréens.
2ème difficulté: mais quel contrat de bail: La Corée offre une grande diversité de contrat de bail: les gros, les petits, les moches, les gentils, les laids, les beaux…TOUS, sauf un (ou en tout cas si rarement): le contrat de bail mensuel bien connu chez le commun des mortels non coréens. Ca non, c’est trop compliqué. En Corée, on aime bien parler en million, mais on préfère plus encore parler en milliard. C’est pourquoi, on a créé le système du dépôt de garantie ou "comment je te place de l’argent ni vu ni connu sur le dos des autres", car le montant du dépôt de garantie équivaut presque le prix de vente de l’appartement (jusqu’à 75 % du prix d’acquisition). C’est donc une somme plus que considérable, que l’on laisse à son gentil propriétaire pour qu’il fasse mumuse avec notre argent en le plaçant par-ci, par-là pendant le temps de la location. A cela peut s’ajouter un loyer mensuel, mais plus le dépôt de garantie est important, moins le loyer mensuel est grand, si ce n’est inexistant. Après tout pourquoi pas. Finalement c’est pas si bête. Mais voila, il y a eu un hic (évidemment, sinon c’est pas marrant): vu que nous sommes en pleine préparation de nouveaux projets, on ne pouvait pas s’engager sur une durée de plus de 6 mois et placer de l’argent pendant 6 mois…Résultat, nous n’étions pas des candidats à la location interessants. Alors ca a été très compliqué, voire épuisant…on en a visité des trucs moches, biscornus, jaunes, style empire, style dragon chinois rococo, style je donne sur l’autoroute, style sans fenêtre, style y a un corridor sans fenêtre qui fait le tour de l’appartement, style mon fromage se conservera parfaitement dans notre nouvelle chambre, style restons voutés, style lino imitation bois rococo, style on a fait une bataille de sauce tomate dans le salon, style la fenêtre ne donne pas que sur un grand mur noir et sombre car si tu te penches vers l’extrême droite tu as une super vue sur la ville, ….
Et puis là tout d’un coup, la perle rare est arrivée.
Un appartement plus grand, sur la montagne centrale de la ville (Namsan) avec une vue incroyable sur toute la longueur d’un balcon. On n’en revient pas encore. Depuis, nous avons récupéré de toutes ces épreuves. Hormis la recherche d’appartement difficile, le déménagement en Corée est un vrai bonheur: on vient faire vos paquets, on les déménage et on les défait dans votre nouvel appartement pour une somme qui cette fois-ci ne se compte pas en million. Un vrai bonheur.